La Guinée vient de franchir une nouvelle étape dans sa stratégie d’industrialisation et de transformation locale de ses ressources minières. Le lancement officiel des travaux de construction de la raffinerie d’alumine de Chalco, ce samedi 13 juin 2026 à Demougala, dans la sous-préfecture de Lisso (préfecture de Boffa), marque un tournant majeur dans la mise en œuvre du programme Simandou 2040 et dans la coopération économique entre Conakry et Pékin.
La cérémonie, qui a réuni plusieurs membres du gouvernement, des responsables du programme Simandou 2040, des autorités administratives et coutumières ainsi que l’ambassadeur de la République populaire de Chine en Guinée, consacre l’un des plus importants projets industriels actuellement en cours dans le pays.
Avec un investissement annoncé de 1,68 milliard de dollars américains, cette raffinerie d’une capacité de 1,2 million de tonnes d’alumine par an doit être achevée dans un délai de 36 mois, soit à l’horizon 2029.
Une nouvelle étape dans la transformation locale des ressources minières
Au-delà de l’ampleur financière du projet, les autorités guinéennes y voient surtout un levier stratégique destiné à accélérer la transformation locale de la bauxite et à réduire la dépendance du pays à l’exportation des matières premières brutes.
Dans son intervention, le ministre directeur de cabinet de la Présidence et président du Comité stratégique de l’Accord-cadre sino-guinéen, Djiba Diakité, a rappelé la nouvelle orientation économique impulsée par les autorités guinéennes. « Pendant longtemps, notre sous-sol a fait parler de lui à travers le monde. Désormais, l’ambition de la Guinée est très claire : ne plus seulement exporter ses ressources naturelles, mais les transformer ici, créer ici de la valeur, former ici nos jeunes et créer ici des emplois pour notre population. »
Selon lui, cette raffinerie dépasse largement le simple cadre d’un investissement industriel. « Aujourd’hui, à Boffa, nous ne posons pas seulement les bases d’un projet industriel. Nous posons aussi une nouvelle pierre dans la construction d’une Guinée plus forte, plus souveraine, plus prospère et davantage tournée vers le bien-être de son peuple. »
Le haut responsable a insisté sur le fait que le projet s’inscrit pleinement dans la vision portée par le programme Simandou 2040, qui vise à faire émerger une économie plus diversifiée et davantage industrialisée.
La Chine réaffirme son engagement aux côtés de la Guinée
Prenant la parole au nom du gouvernement chinois, l’ambassadeur de Chine en Guinée a salué un projet qu’il considère comme une avancée majeure dans la coopération bilatérale.
Le diplomate a rappelé que les investissements chinois en Guinée ont atteint près de 16,7 milliards de dollars, notamment à travers le projet Simandou, les raffineries d’alumine de Chalco et SPIC ainsi que le barrage hydroélectrique d’Amaria. « La Chine attache une grande importance à la volonté de la Guinée de promouvoir la transformation locale de ses ressources minières et le développement de sa chaîne de valeur minière. Elle soutient activement les efforts de la Guinée visant à transformer ses avantages en ressources en avantages de développement, à accélérer son industrialisation et sa diversification économique. »
L’ambassadeur a également annoncé plusieurs mesures d’accompagnement, notamment l’octroi de bourses d’études et la création d’une école d’ingénieurs destinée à renforcer les compétences techniques des jeunes Guinéens.
Des milliers d’emplois et des opportunités pour la jeunesse
Le ministre des Mines et de la Géologie, Bouna Sylla, a pour sa part détaillé les principales retombées économiques et sociales du projet.
Selon lui, la raffinerie générera environ 1 000 emplois directs et près de 12 000 emplois indirects, tout en offrant des perspectives inédites en matière de formation professionnelle.
Le projet prévoit notamment :
- 500 bourses d’études sur une période de 20 ans ;
- La construction d’une école d’ingénieurs et de formation technique à Boffa ;
- Une participation de l’État guinéen au capital ;
- D’importantes recettes fiscales pour les finances publiques ;
- Un renforcement du contenu local dans les activités industrielles.
« Cette raffinerie, la troisième depuis l’indépendance de notre pays après celles de SPIC et de Winning, illustre concrètement la vision de valorisation de nos ressources portée par Son Excellence le Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya », a déclaré Bouna Sylla.
Le ministre a également révélé que l’objectif fixé par les autorités est la construction de cinq raffineries d’alumine d’ici 2030, les discussions étant déjà engagées pour les deux projets restants.
Simandou 2040 au cœur de la stratégie industrielle
Les différentes interventions ont convergé vers un même constat : la raffinerie de Chalco constitue l’une des premières concrétisations visibles de la stratégie Simandou 2040.
Pour Djiba Diakité, la Guinée ne veut plus être uniquement reconnue comme un grand producteur de bauxite. « La Guinée ne veut plus seulement être un grand pays de bauxite. Elle ambitionne de devenir une puissance industrielle africaine. Une nation respectée, capable de transformer ses ressources et d’imposer ses priorités. »
Les autorités ont également insisté sur leur volonté d’exiger des investisseurs le respect des engagements contractuels, des normes environnementales et des obligations liées à l’emploi des Guinéens.
Une cérémonie placée sous le signe de l’espoir
Après les allocutions officielles, la cérémonie s’est achevée dans une ambiance empreinte de solennité. Des prières et bénédictions ont été formulées par les autorités religieuses de Boffa pour la réussite du projet et la prospérité de la Guinée.
La traditionnelle photo de famille réunissant responsables guinéens, partenaires chinois et autorités locales est venue clôturer cette journée historique qui symbolise la volonté des deux pays de bâtir ensemble une nouvelle étape de l’industrialisation guinéenne.
Laouratou Diallo pour lauranews.net



